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La notion de rareté en entomologie
mardi 27 avril 2004

Alastor - 27/03/2004

Notre connaissance de l’abondance ou de la répartition des espèces d’insectes n’est que le résultat de l’analyse de ce que contiennent les collections.Autrement dit, ce que les entomologistes ont capturés. Mais comme les lieux ou les époques des prospections sont liées à des contraintes humaines, cette connaissance est purement anthropomorphique.

Partant de ces considérations, on a été jusqu’à dire, avec humour, mais justesse, qu’un insecte commun est une bête qui circule quand les parisiens sont en vacances ! (logique : la densité humaine de cette région faisant, qu’en France, une grande proportion d’entomologistes y habitent et que c’est pendant leurs congés qu’ils vont vers la nature pour y pratiquer leur passion). Si des insectes apparaissent hors de ces périodes ils auront moins de chance (on devrait dire pour eux de malchance !) d’être rencontrés, ils seront alors moins fréquent dans les collections, et donc considérés comme plus rares. L’autre paramètre : le lieu (ou le milieu) intervient d’une manière similaire. Par exemple : une espèce de la canopée (c’est-à-dire vivant seulement dans le haut des arbres, là où arrive la lumière), sera très peu rencontrée et donc considérée comme très rare.En général, ces phénomènes se détectent de la façon suivante : un insecte connu de nombreuses localités mais rare partout est très vraisemblablement une espèce dont on ignore le mode de vie et que l’on ne cherche pas où il le faudrait.On peut en déduire que ce n’est pas une espèce rare mais plutôt méconnue. Au contraire, un insecte connu de très peu de localités, même si il peut être abondant dans ces localités, devra être considéré comme une espèce rare, surtout si le biotope où elle vit est un milieu fragile ou menacé. Un phénomène paradoxal peut alors apparaître, il est dû à la conjonction de deux tendances des entomologistes :

  1. Les insectes communs sont peu récoltés, à quoi servirait-il d’encombrer les boites avec les espèces les plus courantes.
  2. Au contraire, les insectes considérés comme rares sont beaucoup plus recherchés et figurent dans les cartons en aussi grand nombre (voire plus parfois) que les plus communs.Ce qui, vous en conviendrez, n’est pas très fiable pour estimer la rareté ou la dispersion d’une espèce sur un territoire !

Accessoirement, une autre anomalie peut apparaître : une espèce peut être rare dans un pays mais pas dans un autre (exemple : Lucanus cervus, le cerf-volant, mis dans les listes de protection européennes par les allemands, mais qui est pléthorique dans certaines régions du sud de la France ! Hors, Lucanus tetraodon n’est pas dans la liste, il est cependant infiniment plus rare en Europe. Heureusement pour lui, peu de gens sont capable de les distinguer l’un de l’autre et c’est cette confusion par méconnaissance qui le protège).

Remarque : les insectes sont toujours infiniment plus abondants en nombre que tous les autres groupes animaux confondus (à l’exception des micro-organismes), il ne peut y avoir aucune comparaison avec les oiseaux, les reptiles ... etc.... pour lesquels on peut caractériser une population en nombre d’individus. Il est presque impossible de dénombrer une population d’insectes car leur existence est pour une bonne partie d’entre eux très discrète. Il faut être conscient que nous ne voyons qu’une très faible proportion de cette population et ce à un moment donné.
Quel est l’impact des prélèvements des entomologistes sur la rareté des espèces ?

Voyons d’abord comment s’effectue la prédation naturelle. Elle est le fait de nombreuses espèces de mammifères, d’oiseaux, de reptiles d’autres insectes, etc. Ces prédateurs sont très nombreux et leurs proies innombrables. A l’exception de ceux qui sont très spécialisés, la plupart capturent tous les insectes qu’ils rencontrent (sauf bien évidemment ceux qui savent se défendre par le poison ou le venin, mais qui, en masse ne sont pas si nombreux). La capture des espèces d’insectes-proies rencontrées étant fonction de leurs éclosions ou apparitions est dû plus ou moins au hasard, on peut donc considérer qu’il s’agit de prélèvements statistiques. Donnons un exemple : un oiseaux amène, mettons, 10 insectes par heure à son nid, si un type d’insecte vient à se raréfier dans ses captures, il se retournera vers d’autres et continuera, s’il le peut, à ramener les 10 proies.Si c’est un entomologiste qui capture une espèce rare, cela ne fait aucune différence, les prédateurs verront un peu moins de celles-ci, se reporteront sur d’autres et l’équilibre sera toujours respecté.On peut donc considérer que l’impact des prélèvements des entomologistes est nul, quelque soit les espèces qu’ils recherchent.
Citons un exemple concret : Cerceris bupresticidae est bien connu des Hyménoptéristes mais aussi des Coléoptéristes car il capture et paralyse des buprestes pour en nourrir ses larves. Des amateurs de buprestes rares l’ont surveillé à chaque fois où il revenait à son nid (creusé dans le sol), pour lui prendre ses proies. Ils ont constatés que l’insecte ramenait très fréquemment des espèces de Bupreste considérées comme très rares, que les susdits amateurs avaient, généralement, les plus grandes difficultés à trouver eux-mêmes.Le Cerceris nous apprend :

  1. que ces Buprestes ne sont pas si rares.
  2. que son impact sur l’existence de ces espèces est bien supérieur à la nôtre.

Il est bien évident qu’il en est tout autrement lorsque l’action de l’homme a lieu à l’encontre du milieu. Le chapitre précédent nous a appris que c’est là le seul danger véritable qui menace les espèces réellement rares. Les zones mises en protection prennent alors toute leur valeur, et les autorisations de capture données aux entomologistes ne risquent pas de les mettre en danger. Bien au contraire, ils incitent à la protection des milieux lorsqu’ils fournissent les nom de leurs captures en mettant en valeur les espèces figurant sur les listes françaises et européennes. Enfin un petit conseil pour les amateurs d’insectes pris à partie par des personnes leurs reprochant leurs captures : faites-leurs remarquer qu’ils détruisent bien plus d’insectes en traversant une forêt la nuit avec leurs phares que vous-même probablement pendant tout un été.


Remis en ligne en décembre 2008
Post Scriptum :

Ce texte se veut vulgarisateur et les trop grandes théories scientifiques en ont été volontairement écartées. Ces considérations personnelles sont partagées par bon nombre d’entomologistes mais l’expression de toute opinion contraire sur tout ou partie de ce texte peut être l’objet d’échanges fructueux, tant qu’ils restent courtois.